Les fabriques de pipe ont été durement touchées par la crise du coronavirus. Peterson, Tsuge, Savinelli, les plus grandes entreprises ont dû fermer leur usine et s’adapter aux mesures de confinement. Tour d’horizon.

« C’était le vendredi 27 mars. On venait de terminer une semaine de travail ordinaire, excités par l’approche du week-end et prêts à retourner au boulot le lundi. Au lieu de ça, dans la soirée, on a vu les informations et le Premier ministre qui annonçait le début du confinement. »

Pour le fabricant de pipe irlandais Peterson, le coup est rude. La mise en place du confinement contraint l’entreprise à arrêter sa production. «Malheureusement, le secteur de la pipe n’est pas considéré comme essentiel, déplore avec ironie le directeur général Joshua Burgess. Certainement qu’il n’y a pas assez de fumeurs de pipe au gouvernement. »

© Peterson

Le fabricant irlandais a pourtant tout tenté. « On a envisagé l’hélicoptère pour pénétrer dans l’usine. On a aussi pensé creuser un tunnel sous Pearse Street », plaisante Joshua Burgess. Mais rien n’y fait. L’usine n’accueille plus d’employés. Les commandes subsistent quelque temps, puis le stock s’épuise et c’est l’arrêt total. « Les rues de Dublin, habituellement si actives, se sont vidées, comme dans la scène d’un film post-apocalyptiqueEt nous, on est rentrés chez nous. »

Moins 30% de ventes par rapport à l’an dernier

À travers le monde, de nombreuses fabriques de pipe connaissent une situation similaire. Au Japon, l’entreprise Tsuge a vu ses ventes diminuer de 30% par rapport à l’année dernière, alors même qu’elle n’est pas soumise à un confinement aussi dur que ses concurrents. « On a demandé à nos employés de rester chez eux, explique le directeur de la communication Yo Uekusa. On a aménagé des plages horaires particulières avec des rotations. » La crise du coronavirus pourrait même pousser l’entreprise à bouleverser ses pratiques, pourtant historiques — les pipes Tsuge existant depuis 1936. « On réfléchit à mettre en place un système plus ouvert au télétravail », continue Yo Uekusa.

© Savinelli

En Italie, pays particulièrement marqué par la Covid-19, la fabrique Savinelli a dû fermer son usine pendant de longues semaines, jusqu’au 4 mai. Toutefois, les employés ont pu travailler depuis chez eux pour subvenir aux commandes en ligne, plus nombreuses en cette période. « Pendant la crise, les commandes sur notre site ont quasiment doublé, explique Paolo Tamborini, en charge des exportations. Plusieurs de nos clients se sont habitués à acheter en ligne et on espère que ça va continuer. » L’entreprise sait qu’elle ne pourra pas éponger totalement les pertes engendrées par la crise sanitaire. Mais désormais, elle souhaite se tourner vers le digital et éviter ainsi une trop forte dépendance aux points de vente physiques.

Hausse des commandes en ligne

Le distributeur en ligne Meerschaum.market, spécialisé dans la pipe en écume de mer, a fait le pari du digital il y a plusieurs années. Installée aux États-Unis depuis 2016, l’entreprise, originaire d’Eskisehir en Turquie, berceau de l’écume de mer, a vu une nette augmentation de ses commandes pendant la crise.

© Savinelli

« Au cours de la Covid-19, les ventes en ligne ont augmenté dans le monde entier et surtout aux États-Unis, explique le PDG Burak Servi. Les fumeurs de pipe avaient envie de faire quelque chose qu’ils aimaient, d’acheter de nouvelles pipes, de nouveaux tabacs, d’essayer de nouveaux goûts. » Résultat : une augmentation des commandes en ligne de près de 50 %. Un engouement qui a même poussé Burak Servi à proposer de nouvelles pipes sur sa plateforme. « Face à cet afflux, nous avons décidé de proposer des pipes en bruyère. On a commencé par des Chacom, dont je suis fan, et des Butz-Choquin. »

Pour les distributeurs en ligne, la crise n’a donc pas eu l’effet négatif redouté. Au contraire, elle pousse même certains à l’optimisme.  « Les prochains mois devraient être bons, continue Burak Servi. Je m’attends à une hausse des ventes, notamment avec l’arrivée de Noël. »

 

Par Lucas Bidault.

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