En février dernier, le plongeur spéléologue Frédéric Swierczynski et le réalisateur Sébastien Devrient ont effectué une expédition en Argentine pendant 15 jours. Ensemble et totalement autonomes, ils ont plongé à 5.400 mètres d’altitude. 

Le film de cette expédition paraîtra à l’automne. Frédéric Swierczynski raconte les conditions de cet exploit dans cette chronique de voyage.

FRÉDÉRIC SWIERCZYNSKI

Frédéric Swierczynski est un plongeur spéléologue français. Il effectue régulièrement des plongées en grotte au-delà des -200 mètres de profondeur. En 2016, il est descendu à -267 mètres dans la cavité de la Mescla (Var).

« Le début de notre expédition commence à Buenos Aires. Je rejoins Sébastien (ndlr : Sébastien Devrient est réalisateur de films et guide de haute montagne) la veille en Suisse puis on décolle directement de l’Italie pour l’Argentine. Arrivés sur place, on se dépêche de remplir nos bouteilles et on part pour deux jours de bus. Cette fois, impossible de reprendre l’avion avec les bouteilles de plongée sous pression. On passe les deux premières nuits à 3.200 mètres d’altitude, dans un ancien poste de douane entre le Chili et l’Argentine. À ce moment-là, on est cinq : Sébastien, un preneur de son, un caméraman, un guide et moi. On réalise quelques jolis plans pour le film. 

Le trajet nous est familier, c’est le même que celui emprunté en 2019 lors de ma première expédition. Revenir dans ces paysages magnifiques est très agréable, un peu comme quand on revient dans un lieu de vacances qu’on apprécie. La zone est vivante, il y a beaucoup d’oiseaux, de vigognes. Il nous arrive  même de partager de gros barbeuc’ avec les bergers du coin. Chaque jour, on essaie de faire 300 mètres d’ascension. Ni plus ni moins pour éviter une mauvaise saturation en oxygène dans le sang.

© Sebastien Devrient, Vertiges Prod
© Sebastien Devrient, Vertiges Prod

Au bout de quatre jours, le guide ramène le preneur de son et le caméraman en ville. On se retrouve avec Sébastien en totale autonomie, un sac sur le dos et un chariot dans les mains. Le périple commence vraiment. 

Des vents violents et du soufre

À de pareilles altitudes, tout est plus compliqué. Il y a deux fois moins d’oxygène qu’au niveau de la mer. Notre nourriture est lyophilisée, mais de toute façon, à de telles hauteurs, on ne mange pas beaucoup… J’ai dû perdre dix kilos pendant l’expédition !

Plus on monte et plus le milieu devient hostile. Il n’y a plus un insecte, plus un condor. Comme si la vie s’était éteinte sur le dernier haut plateau. Les volcans nous entourent et le soufre est partout. On n’a pas encore plongé que nous sommes déjà fatigués. Les conditions sont dures avec des vents violents (+ de 140 km/h) et des différences de températures importantes (+40°c la journée / -10°c la nuit). 

© Sebastien Devrient, Vertiges Prod

Le paysage est totalement différent alors qu’on est au même endroit que l’année dernière ! En 2019, je n’avais pas pu plonger à 6.400 mètres car il y avait trop de neige. Cette année, c’est l’inverse. Et les lacs sont vides… C’est un gros problème, on sait qu’on va manquer d’eau.

La dernière ascension

On monte pendant plusieurs jours. Des petites habitudes se créent : on se lève avec le soleil, on prend le petit-déj’ puis on part. On doit avoir 60-70 kilos chacun, répartis entre notre corps et notre carriole. La route est compliquée. Les roues s’enfoncent dans un sol composé de graviers. On avance très lentement. Y’a de la poussière partout, il faut tout protéger. C’est une horreur ! 

© Sebastien Devrient, Vertiges Prod

Quand on entame la dernière ascension, on comprend qu’on va manquer d’eau. Et l’eau que nous récoltons n’est pas bonne car trop concentrée en souffre. Trois jours de montée nous attendent encore. C’est impossible. On réfléchit rapidement à un plan B et on décide de se rabattre sur un autre lac, à 5.400 mètres.

Une heure dans une eau à 2 degrés

Là, on est face aux pentes du Nevado Ojos Del Salado, tout près du désert d’Atacama. Le lac est magnifique. L’eau est à deux degrés mais on est prêts. Après une année de préparation et une série de tests au sein de la Comex, les hommes et les équipements sont censés résister à ces conditions. 

© Sebastien Devrient, Vertiges Prod
© Sebastien Devrient, Vertiges Prod

Nous portons une bouteille de trois litres, une combinaison de chasse, un détendeur eau froide et tout l’équipement requis pour ce type d’environnement hostile. Une fois immergés, les sensations sont parfaites. On ne plonge pas très profond mais ce n’est pas l’objectif. Le matos fonctionne ! La plongée dure une heure. Là, on profite, on prend du plaisir, on n’a même pas froid. Et chose extraordinaire, on trouve de la vie ! C’est incroyable. Quand on remonte, on est fatigués mais heureux. Même si on n’a pas réussi à monter plus en altitude, on est quand même dans le plaisir. Et finalement, c’est cette liberté que nous étions venus chercher. »

 

Par Frédéric Swierczynski.

Sphères : petites communautés, grandes histoires

N°2 : les plongeurs sous-marins

Écrivez-nous à spheresmagazine@gmail.com