Depuis près de 150 ans, la compagnie Alexis Gruss est étroitement liée à l’univers équestre. Ses spectacles mettent en scène une cinquantaine de chevaux dans des tableaux artistiques où s’entremêlent acrobatie à cheval, travail en liberté et équitation supérieure. Firmin Gruss, le directeur général, revient sur sa relation si particulière avec cet animal qu’il considère comme “sa famille”.

Chez les Gruss, le cheval a-t-il toujours été un partenaire de travail ?

Totalement. Et même plus que ça, les chevaux sont notre famille ! J’ai commencé à monter à l’âge de quatre ans, et j’étais debout sur un cheval au galop à l’âge de 5 ans (Rires.) Le cheval accompagne notre famille depuis toujours. Il fait partie de nos traditions et est au cœur de nos spectacles avec des pyramides à cheval, des portées. On se lève, on pense cheval, on se couche, on pense cheval. 

Quand j’ai repris les rênes de la compagnie avec mon frère et ma sœur (ndlr : à la suite d’Alexis Gruss il y a un an et demi), on a voulu conserver l’ADN de notre famille avec des spectacles uniquement conçus par les Gruss autour de trois disciplines équestres : l’acrobatie à cheval, le travail en liberté et l’équitation supérieure.

Quelle est la particularité de votre compagnie ? 

Notre savoir-faire est unique. Il n’y a pas de compagnie semblable à la nôtre. On gère au quotidien près de 50 chevaux ! Et ce ne sont que des entiers (ndlr : cheval mâle non castré). Il faut avoir les moyens financiers et techniques pour faire cela. On possède trois générations de chevaux : des anciens de plus de 20 ans, des intermédiaires au top de leur forme entre 10 et 20 ans et des plus jeunes.  Certains chevaux, en retraite, sont en coulisse. On les sort le matin, on les fait trotter puis ils rentrent au paddock. On a du mal à se séparer de nos chevaux, et on ne peut pas les isoler sinon ils dépérissent. On essaie vraiment de se mettre à leur place. Par exemple, pendant le confinement, il n’y a pas eu un seul jour où l’on n’a pas travaillé avec eux. Toute la famille s’y est mise. Notre savoir-faire, c’est ça. Les valeurs de travail, de respect et de remise en question.

© Jacques Gavard

Le cheval est-il un animal qui requiert une attention particulière ?

Travailler avec un cheval, ça signifie ne pas avoir de vacances. C’est tous les jours ! Avant de vous faire un salaire, vous pensez d’abord à entretenir votre cheval. Chez nous, un cheval coûte environ 1200 € par mois, avec le transport, l’aménagement, les soins, la nourriture, le personnel. Tant qu’on ne vit pas avec, on ne peut pas comprendre leur philosophie. Dès qu’on y a goûté, on ne peut plus s’en passer. 

Le cheval induit un rythme particulier. Il y a une philosophie du temps et de la patience. On ne peut pas former un cheval en vitesse, il faut lui donner du temps. C’est d’ailleurs assez ingrat parce qu’on passe beaucoup de temps pour un résultat bien souvent assez court. Mais c’est ça qui rythme notre vie !

Sur scène, devez-vous adapter votre comportement à l’animal ?

C’est un travail. En prenant de l’âge, chaque cavalier mûrit et appréhende les choses différemment. Il y a des chevaux qui vont très bien assimiler la piste et d’autres non. 

La seule difficulté ? Ce sont les erreurs. Car chaque erreur est fatale et on la paie lourdement. Un cheval qui prend un défaut et a peur d’une branche par exemple, il va faire un écart de deux mètres pendant plusieurs semaines dès qu’il va passer à côté ! Il faut lui montrer qu’il n’y a pas de danger. C’est une complicité à mettre en avant. Le cavalier est au service du cheval et le cheval au service de son cavalier. 

 

Propos recueillis par Eric Bojangles.