Depuis plusieurs années, il est possible de trouver, le long du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, des gîtes écolos surnommés « écogîtes ». Hébergements durables faisant la part belle au recyclage, ils attirent des pèlerins de tous horizons, tentant de susciter chez eux une prise de conscience écologique.

L’écologie n’est définitivement plus l’apanage de la gauche, puisque même le pape en a fait son credo. Il y a cinq ans était publiée l’encyclique Laudato si’, la première intégralement rédigée par François. Cette lettre circulaire mettait en lumière l’engagement du souverain pontife en faveur d’une écologie intégrale. Le Vatican a même émis en juin 2020 un nouveau document de deux cents pages invitant en substance à transformer les styles de vie en profondeur et insistant sur le tournant écologique à prendre. Cette prise de position marquée de l’Église a accéléré le développement d’initiatives privées, plus anciennes mais toujours peu connues sur le Chemin de Saint- Jacques : les écogîtes.

Des matériaux durables et recyclables

Ces hébergements de tourisme relèvent souvent d’un label national ou international, comme La Clef Verte ou Écogîte de Gîte de France, garantissant le respect de critères environnementaux dans l’établissement. Situés le long des différents chemins pour Compostelle, ils sont rares, pourtant, à revendiquer ces labels. Pour beaucoup, un écogîte répond avant tout à une démarche personnelle en faveur d’un tourisme durable. Aussi, plusieurs hébergeurs ont décidé d’adopter l’appellation sur la simple base de leur engagement et pratiquent une écologie concrète, cochant presque toutes les cases d’une charte écologique comme on pourrait l’imaginer. Manu et Audrey Sailly, propriétaires de l’Écoasis de Gréalou dans le Lot, s’amusent de ces labels et préfèrent mettre en avant leurs actions concrètes : « À part les poubelles contenant quelques emballages qui ressortent du gîte, tout est réutilisé », explique Manu. Les matériaux sont durables et recyclables. L’ossature du bâtiment est en bois traité à l’huile chaude, l’isolation est en laine de bois et de chanvre, le sol en liège. Des panneaux solaires sont visibles à l’extérieur du gîte et une chaudière à granulés fournit de la chaleur. Deux cuves stockent l’eau nécessaire à l’arrosage du jardin alors que l’assainissement est réalisé à l’aide de plantes, par phytoépuration. 

© Florent Bardos

« Un repère de soixante-huitards dînant à la bougie »

« Certains sceptiques voient ça comme un truc de bobo parisien, précise Manu Sailly. Mais on tient absolument à éviter l’esprit sectaire. » Les écogîtes sont loin d’être une base de ralliement pour écologistes chevronnés. Ces derniers ne pourraient d’ailleurs pas réaliser chaque étape de marche dans ces établissements tant leur nombre est restreint. Bien qu’il n’y ait pas de pèlerin type au sein de ces écogîtes, Christian Lacombe craint parfois qu’on assimile sa maison à « un repère de soixante-huitards dînant à la bougie ». Pourtant, « l’écologie, c’est de plus en plus dans l’air du temps », admet celui qui aime convaincre ses hôtes du bien-fondé de sa démarche. Il n’est pas rare que les pèlerins, malgré la fatigue du Chemin, donnent un coup de main sur l’entretien du jardin ou la permaculture. Acte écolo ou non, l’assistance est une valeur fondatrice du pèlerinage et représente bien cet « esprit du Chemin » que les hébergeurs tentent aussi de faire perdurer.

Se rapprocher du Compost

« Saint-Jacques, c’est un chemin de liberté où l’on a du temps pour penser, pour se réapproprier un esprit critique, et pourquoi pas pour adopter d’autres postures », explique Jef Blanchard, gérant de la Maison du Grillon, un écogîte de Sauvelage dans les Pyrénées-Atlantiques. Il oppose cette attitude à la mode actuelle du pèlerinage façon tour-opérateur, où les gens marchent sans toujours savoir dire pourquoi, veulent le tout-confort et se montrent parfois réticents à se mélanger à d’autres pèlerins.

« Pendant la marche, les gens sont plus réceptifs à la prise de conscience écologique, continue Manu Sailly. Les valeurs de l’écogîte peuvent leur donner des idées. » Il a, par exemple, installé des toilettes sèches « nouvelle génération ». « Quand ils apprennent ça, les pèlerins ont souvent en tête le vieux cliché de l’installation rétrograde et odorante, mais celles-ci sont tellement performantes qu’ils sont fascinés !, jure-t-il. Le soir, à table, tout le monde en parle, à tel point qu’un client a même fini par adopter le même modèle chez lui. » On savait le Chemin capable de rapprocher le pèlerin de Dieu, de le guider dans sa quête intérieure voire de soigner certains de ses maux. Désormais, on saura qu’il peut aussi mener au compost.

 

Par Pierre Griner.