Le pentathlon moderne, discipline peu connue, a fait l’objet de milliers de commentaires sur les réseaux sociaux lors des Jeux Olympiques de Tokyo. On y parle moins de sport que de bien-être animal. 

L’Allemande Annika Schleu, immense favorite, avait quasiment la médaille d’or autour du cou. C’est finalement son visage baigné de larmes qui a fait le tour du monde. Largement en tête du classement du pentathlon moderne après les épreuves de natation, d’escrime, de course à pied et de tir, elle a été éliminée : le cheval qu’elle a tiré au sort pour le saut d’obstacles final a refusé de sauter. Et les réseaux sociaux se sont enflammés.

En cause : non pas la cruauté du sport, mais la maltraitance animale. Les caméras du monde entier ont capté les signes de détresse du cheval, Saint Boy. Ses oreilles en arrière, ses yeux exorbités, les coups de fouet de sa queue. Elles ont filmé les gestes désespérés de la cavalière pour tenter de le faire sauter : quelques coups de cravache, quelques coups d’éperon. Et même le coup de poing administré par l’entraîneuse de l’athlète sur le flanc de l’animal – un geste qui lui a valu d’être disqualifiée. Il n’en fallait pas plus pour relancer le débat sur la légitimité de l’équitation. 

Mobilisation en ligne

Outre les très nombreux messages d’indignation en ligne – Kaley Cuoco, actrice star de la série The Big Bang Theory, s’est même proposée de racheter Saint Boy pour lui montrer “quel genre de vie il devrait vivre” -, une pétition en ligne a été lancée le 11 août dernier pour demander l’interdiction de l’épreuve d’équitation dans le pentathlon moderne. Kerstin Gerhardt, qui en est à l’origine, est elle-même cavalière et monitrice d’équitation. Ce n’est pas la discipline en soi qu’elle dénonce, mais la règle du tirage au sort qui fait que le cheval devient “un équipement sportif”, ou encore un “moyen de transport”. D’après elle, un tel “fiasco” est à l’opposé des véritables sports équestres où le cavalier et l’animal sont partenaires, où leur interaction est au cœur de la pratique.

D’autres vont encore plus loin. Suite à l’épreuve de pentathlon ainsi qu’à l’euthanasie d’un des chevaux de l’équipe olympique suisse après une grave blessure, l’association Agir pour la vie animale (AVA) a directement écrit au Comité international olympique pour exiger le retrait de toutes les épreuves impliquant des chevaux. D’autres associations, résolument antispécistes, voient tout simplement l’équitation comme un asservissement. Nicolas Marty, membre d’Agir contre la torture animale (ACTA), explique ainsi que “les animaux ont des droits, comme les humains. Le droit de ne pas être tué, de ne pas être exploité, d’être libre … Or un cheval est libre quand il a des choix. Lorsqu’il passe toute sa journée dans son box et qu’il n’est sorti qu’une fois par jour, on ne lui laisse pas le choix”. C’est pour ces mêmes raisons que Vincent Aubry, activiste antispéciste et porte-parole du collectif abolitionniste Animal1st, fait de Saint Boy un modèle à suivre. Dans son blog hébergé par Médiapart, il voit dans ce cheval le “symbole que même lorsque tout semble inégal et joué d’avance, il est impossible de contenir une force de résistance lorsqu’elle a décidé de s’exprimer”.

Face au tollé, la Fédération internationale de pentathlon moderne (UIPM) prévoit déjà de simplifier l’épreuve équestre – des sauts moins hauts, un parcours réduit – et a promis la création d’un groupe de travail dédié au bien-être animal. Ces mesures pourraient entrer en application pour les Jeux Olympiques de 2024 à Paris.

 

Par Simon Rossi.