L’Arabie Saoudite a annoncé la réouverture de ses frontières aux pèlerins étrangers vaccinés souhaitant participer à l’omra, le petit pèlerinage de La Mecque. Effective depuis le 9 août, cette mesure est un geste fort de la part du royaume saoudien qui a toujours en mémoire les graves épidémies survenues au cours de ses pèlerinages. 

Dix-huit mois après la fermeture de ses frontières, l’Arabie Saoudite a lancé un signal fort : les pèlerins étrangers et vaccinés pourront à nouveau participer à l’omra, le petit pèlerinage de La Mecque qui a lieu toute l’année. Depuis le 9 août, les autorités saoudiennes acceptent les demandes d’entrées de fidèles étrangers à la condition d’être vaccinés par un sérum reconnu par le royaume. Jusqu’à présent, seuls les pèlerins présents dans le pays et vaccinés, pouvaient prendre part aux pèlerinages, expliquant le faible nombre de fidèles — environ 60 000 — lors du hadj 2021. 

Dès l’apparition des premiers cas avérés de Covid-19 au début de l’année 2020, l’Arabie Saoudite avait opté pour des mesures radicales : fermeture des frontières, mise en place d’un protocole sanitaire strict avec, pour les fidèles déjà présents sur son sol, des tests de dépistage, des contrôles de la température corporelle, une interdiction de toucher la Kaaba, la désinfection de tous les bagages, la mise en place de période de quarantaine… « Jamais depuis 1915, le pèlerinage de La Mecque n’avait été tronqué de la sorte », explique Luc Chantre, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Rennes 2. En 2020, seuls 10 000 pèlerins s’étaient rendus dans la ville sainte, contre 2,5 millions en 2019.

Treize épidémies de choléra entre 1831 et 1865

Si l’Arabie Saoudite a imposé des conditions sanitaires draconiennes pour limiter l’impact de la Covid-19, c’est parce que l’histoire de ses pèlerinages est étroitement liée aux grandes contaminations. La succession d’épidémies dans la ville sainte au cours du XIXe siècle a fait naître l’idée d’un Islam contagieux, une conception que le royaume saoudien veut à tout prix éviter aujourd’hui. En 1865, une première pandémie marque les esprits quand deux navires britanniques transportant des pèlerins musulmans indiens et javanais vers La Mecque sont frappés par le choléra. Entassées, cernées par les eaux stagnantes, cent quarante-trois personnes sont touchées à bord. Arrivés sur place, les voyageurs se mêlent à la foule. La plupart des hommes sont fatigués, marqués par un voyage harassant. L’eau potable est rare et les chaleurs sont fortes. Le terrain est idéal pour la maladie, qui se propage à grande vitesse. Sur les quatre-vingt-dix mille fidèles présents, quelque trente mille en décèdent. Et le retour à la maison ne fait qu’aggraver la situation. En trois mois, toute l’Égypte est infectée et compte soixante mille victimes. Les régions limitrophes sont d’abord touchées, bientôt suivies par les États-Unis et l’Amérique du Sud. Bilan total de la pandémie : deux cent mille morts.

© Library of Congress, American colony photo department

Une commission d’enquête, demandée par les Ottomans, montre que treize épidémies de choléra ont touché La Mecque entre 1831 et 1865. Médecins et consuls européens alertent alors sur ce qu’ils considèrent être un foyer épidémique. Entre 1851 et 1938, pas moins de quatorze conférences sanitaires se tiennent sur fond de tensions diplomatiques. Les Européens décident de mettre en place des stations de quarantaine dans tout le bassin méditerranéen pour filtrer les pèlerins à leur arrivée sur le Vieux continent. 

Vaccination et quotas

Ce n’est qu’à partir des années 1950 que l’Arabie Saoudite se voit reconnaître sa pleine souveraineté sanitaire par l’Organisation mondiale de la Santé. La monarchie reprend alors le contrôle de son pèlerinage. Les progrès de la vaccination et les quotas mis en place en 1987 lui permettent de maîtriser les épidémies naissantes de fièvre jaune et de méningite. Malgré des avancées indéniables, le SRAS en 2003 et le virus H1N1 en 2009 mettent à nouveau les autorités saoudiennes à rude épreuve. Jusqu’à l’épidémie de Covid-19 au début de l’année 2020, date à laquelle l’Arabie Saoudite ferme ses frontières. Décision radicale qui a eu le mérite d’éviter les catastrophes sanitaires du passé et de limiter la contagion.

 

Par Eric Bojangles.