À 36 ans, Sylvain Hélaine alias “Freaky Hoody” a le corps entièrement tatoué. Son crâne, ses jambes, ses bras, ses parties intimes et même … ses yeux sont recouverts d’encre. Près de 476 heures de tatouage et 60 000 euros ont été nécessaires pour obtenir cette seconde peau qu’il considère comme une “seule pièce unique”. 

Originaire d’Essonne, Freaky Hoody est aussi l’instituteur Sylvain, un maître d’école remplaçant qui sillonne le département et côtoie une multitude d’écoliers. Il revient pour Sphères sur son rapport au tatouage, au corps et à la réaction de ceux qui l’entourent, des enfants aux grands-parents. 

 

Quand avez-vous fait votre premier tatouage ? 

À 27 ans. J’étais parti à Londres depuis deux ans pour enseigner dans une école prestigieuse à la Poudlard. À cette époque, je sortais d’une petite crise des 25 ans. En Angleterre, quand j’ai vu tous ces Londoniens qui se fichaient totalement de l’apparence des autres, et notamment du tatouage, ça a été comme un déclic. Je savais déjà que je voulais me faire tout le corps. C’était naturel pour moi. J’ai réalisé ma première couche en trois ans et demi. C’était rapide, beaucoup trop rapide ! Je ne pensais qu’à ça, j’étais dans une sorte d’urgence. Je me faisais tatouer chaque semaine ou presque. J’étais crevé. Aujourd’hui, je considère que je n’ai qu’une seule pièce qui évolue en permanence. Et désormais, je repasse sur mes pièces et réalise une deuxième couche, mais moins dans l’urgence, en prenant plus mon temps. Mais je me ferai tatouer toute ma vie car c’est ma passion [Rires.]

© Psyrus Studio & Damien Dausch

Et votre raison d’être aussi ? 

Le tatouage me permet d’être moi-même. Plus j’en fais, plus je suis à l’aise avec mon corps et plus je me révèle. En plus, ça m’a ouvert de nouvelles portes. Je tourne dans des séries et des films, réalise des shootings photos.

Quand vous regardez votre reflet dans la glace, que voyez-vous ? 

Mes poils ! [Rires.] En fait, je ne vois même plus mes tatouages. C’est naturel pour moi. Sur ma carte d’identité, j’ai ma tête d’avant. Mais ça se passe très bien, les flics passent une minute de plus, lâchent parfois une blague comme “Ah vous étiez mieux avant !”, puis c’est bon. C’est mon identité désormais.

En septembre 2019, l’Éducation nationale vous a interdit d’enseigner en maternelle. Pouvez-vous nous raconter ce qu’il s’est passé ? 

J’ai la particularité d’être instituteur remplaçant, car ça me laisse plus de liberté pour ma vie d’artiste. Les jours où je ne suis pas appelé pour effectuer un remplacement, je dois aller dans mon école de rattachement, près de Palaiseau, au sud-ouest de Paris. En septembre 2019, un petit de maternelle m’aurait vu, aurait fait des cauchemars et l’aurait dit à ses parents, qui sont ensuite allés se plaindre. Je comprends que je puisse faire peur aux petites sections de maternelle ou qu’ils soient paumés en me voyant, mais là, a priori, ça vient des parents, que je ne connais pas en plus. Donc l’inspection m’a convoqué et m’a mis au placard deux mois. Puis ils m’ont averti que je n’irai plus enseigner auprès des maternelles. 

Et l’année dernière, vous avez à nouveau connu une mésaventure. 

C’était un peu différent. Cette fois, toujours en septembre, une vieille dame m’a vu dans une cour de récré. Elle a appelé Le Parisien pour se plaindre, un journaliste est venu me voir, a appris à me connaître et m’a interviewé. Il a fait un vrai travail objectif. Ensuite, plusieurs médias sont venus me voir et je suis passé sur tous les plateaux télé. [Rires.] Ça a fait un effet Streisand. La vieille dame voulait me “cacher” et finalement, on m’a encore plus vu ! [Rires.]  

© Psyrus Studio & Damien Dausch

Habituellement, comment les élèves réagissent à vos tatouages ? 

La plupart du temps, ils me connaissent. Ils vont parfois être un peu surpris, puis ça passe. Ils oublient très vite mon apparence. J’ai l’habitude de dire qu’il faut 2 minutes aux enfants, 2 jours aux parents et deux semaines aux grands-parents pour s’habituer à mes tatouages. 

Utilisez-vous votre apparence dans votre enseignement ? 

Ah non, je fais mon boulot sans me baser sur mon apparence. Je ne me suis jamais fait tatouer pour les autres. C’est uniquement quand j’ai fait les parties “incachables” que les gens ont su que j’étais tatoué. Aujourd’hui, ma tronche est recouverte, donc si ça permet aux enfants d’être plus tolérants, d’être plus ouverts, c’est très bien, je prends ce rôle avec plaisir. Mais je n’ai jamais fait ça pour ça. 

Les adultes sont-ils plus réticents à vos tatouages ? 

Ce sont surtout les parents des enfants qui ne me connaissent pas. Avec les enfants que j’ai en classe, il n’y a aucun problème. Et avec leurs parents non plus d’ailleurs !

Dernière question : pourquoi avoir choisi le surnom “Freaky Hoody” ? 

C’est surtout un nom de réseaux sociaux. Avant, mon surnom, c’était “cochon pesteux” [Rires]. Alors, j’ai dû trouver un surnom plus professionnel pour l’international. Et j’ai trouvé ce pseudo, par rapport aux “freaks”, les “monstres” de foire et “hoody” parce que je porte tout le temps la capuche.

 

Propos recueillis par Lucas Bidault.