Depuis l’attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, la chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier danse tous les jours pendant une minute. En 7 ans, elle a réalisé 2 552 danses et continue encore à bouger son corps pour “résister poétiquement à la dureté du monde”.

 

Pourquoi dansez-vous tous les jours depuis sept ans ?

Parce que c’est ma façon de vivre et de dire les choses. Quand la tragédie du 7 janvier 2015 a eu lieu, ça a été comme un choc, la sensation d’un monde qui s’effondrait. Je me suis sentie démunie. Au lieu de suivre mon premier mouvement et de juste rester chez moi, j’ai eu envie de sortir pour aller avec les autres. Bien sûr, je me suis rendue place de la République mais ensuite, c’est comme si j’avais continué cette petite manif’ dans les moindres interstices du quotidien.

© Nadia Vadori-Gauthier

En réalisant chaque jour une nouvelle vidéo ?

Exactement. À mon échelle, je ne peux pas agir frontalement, donc la seule chose que je puisse faire, c’est passer par des chemins poétiques. Ça peut paraître dérisoire mais finalement, c’est ma réponse.

Pourquoi avoir choisi la danse ? 

C’est mon métier et c’est ce qui m’anime au quotidien. Et puis, il y a le rapport au corps. L’attentat a porté atteinte aux corps, et la danse, c’est un corps sensible qui partage des sensations en relation au monde, et aux autres ! C’est un corps qui active ses puissances propres, ce n’est pas un corps réduit à son image et c’est ça qui me plaît.

Vous avez réalisé plus de 2 500 vidéos. Jusqu’où comptez-vous aller ? 

Quand j’ai commencé à faire cette minute de danse, je pensais m’arrêter au bout d’une semaine ! Puis au bout d’un an, je me suis rendue compte que c’était une sorte d’archive de notre époque. Notre société, avec le début de l’état d’urgence notamment, a bien changé. Il y a eu de nombreux chamboulements. Avec le Covid, on a connu des transformations que l’on n’aurait jamais pensé connaître. Ces minutes de danse montrent bien nos évolutions.

J’ai vraiment l’impression d’être au service de ce projet. C’est une charge mentale permanente. Tant que la minute de danse n’est pas réalisée, ça occupe tout l’espace. J’y consacre un minimum de 4 heures par jour. C’est un acte gratuit.

© Nadia Vadori-Gauthier

N’est-ce pas compliqué de toujours trouver la motivation nécessaire ?

Je suis guidée depuis le début par cette phrase de Nietzsche : “Et que l’on estime perdue toute journée où l’on n’aura pas dansé au moins une fois. » Si on ne danse pas, notre journée est perdue ! Et je prends ça vraiment au pied de la lettre ! Une fois, une petite fille m’a demandé : “Mais vous dansez seulement une minute ?” [Rires] C’était très drôle car ce n’est pas la même chose de danser dans un cours ou de danser pour un acte qui va toucher tout le monde !

Propos recueillis par Lucas Bidault.

 

D’autres articles sur cette thématique sont à retrouver dans le numéro papier Sphères n°7 : les danseurs.