Numéro 25

La fête

144 pages rythmées par les cultures techno et électro pour vibrer dans les clubs, festivals, raves ou free parties

La fête
20 €
Édito

Pour ce numéro, nous avons choisi de nous limiter à une typologie de fête bien précise : celle qui, en discothèque, dans une friche industrielle ou au milieu des champs, est rythmée par des beats de musique électronique.

Certains lieux et certaines histoires sont la preuve qu’au sein de l’univers techno-électro existe un autre sens de la fête. Celui d’un moment ritualisé où s’inventent de nouveaux imaginaires, tant individuels que collectifs. Le réalisateur Oliver Laxe, revenant pour Sphères sur « l’événement social et culturel » qu’est devenu son film Sirāt — 700 000 entrées rien qu’en France — estime par exemple que danser face à un mur de son est quelque chose de l’ordre du voyage intérieur, de la catharsis. Avec leurs fêtes clandestines qui durent plusieurs jours, les teufeurs des free parties estiment de leur côté construire les bases d’une société alternative, non marchande et autogérée.

Au Royaume-Uni, où la jeunesse se mobilise grâce aux soirées électro du parti écologiste local ; en Géorgie, où le club Bassiani incarne un lieu de liberté malgré la dérive autoritaire du pouvoir ; jusqu’au fond de la Bretagne, où un café-bar associatif propose des DJ sets inclusifs, partout, cette fête-là est politique. Elle rassemble des individus qui, poussés dans un même élan, unis dans un même rythme, finissent par se confondre en une seule et même communauté.

Nous leur devions bien un numéro de Sphères.

Oliver Laxe : Mystic Raver

Cela fait un an que Sirāt, Prix du jury lors du festival de Cannes 2025, est sorti en salles. Plus de 700 000 entrées rien qu’en France, un phénomène inattendu pour un film d’auteur âpre, à la fois terrifiant et hypnotisant, qui suit un père à la recherche de sa fille, perdue dans le désert marocain. Son errance désespérée de fête en fête met en lumière un groupe de travellers, des teufeurs itinérants, interprétés à l’écran par de véritables ravers. Alors que les free parties, à la suite de divers projets de loi du gouvernement français, subissent actuellement un sévère tour de vis répressif, Sphères tenait à faire un bilan avec le réalisateur du film, le franco-espagnol Oliver Laxe.

Nous rencontrons le quadragénaire à l’occasion d’un « exceptionnel week-end de teuf » : il se rend à Paris pour écouter Kangding Ray, une figure de la techno industrielle française avec qui il a composé la bande-son de Sirāt. L’occasion pour nous de revenir sur sa découverte de la musique électronique, les choix esthétiques de son quatrième long-métrage, ou encore sa vision mystique, parfois contestée, de la fête. Et pourquoi pas d’obtenir, entre deux parenthèses sur le cinéma contemporain, quelques considérations sur l’état du monde.

Le Green Party vend du rave

Longtemps une formation anecdotique sur l’échiquier politique britannique, le Green Party joue un rôle de plus en plus conséquent. Pourquoi ? En partie parce que depuis l’arrivée de son nouveau leader, Zack Polanski, le parti écologiste se pare d’une nouvelle aura, plus jeune, autour des notions de fête et de danse. Des Green Party parties sont même organisées dans les boîtes du pays, mêlant meetings politiques, sets électro et levées de fonds. Sphères s’est rendu à l’une d’elles, à Londres.

Jen Cardini, Saint·e Patron·ne

En plus de trente ans de carrière qui l’ont mené·e dans les clubs et festivals les plus prestigieux, Jen Cardini s’est imposé·e comme une figure incontournable de l’électro internationale et une icône queer, indissociable des luttes pour la fête libre et les minorités. Fondateur·rice de labels, de soirées, compositeur·rice et programmateur·rice, le·a tout juste quinquagénaire non-binaire continue à jouer partout ses mixs charnels, qui évoluent avec les époques et dont déborde toujours son énergie de Petit monstre, le titre de son dernier EP.

Le petit repère du peuple

Sous les tribunes du stade national de Tbilissi, en Géorgie, un club de techno est devenu en dix ans l’un des plus célèbres au monde. Parce qu’il attire de nombreux DJs berlinois, et parce qu’il est un espace de liberté dans un pays où l’influence de la Russie se fait de plus en plus pressante. Son nom : Bassiani. Son avenir : incertain.

Intense est la nuit

Toute fête tient un peu du bal masqué : les danseurs, pour quelques heures, ont le luxe de pouvoir s’oublier, d’incarner un personnage. Immergé pendant plusieurs années dans différentes scènes électro-techno, le photographe Fabrice Catérini a voulu comprendre ce qui se jouait derrière les masques. Ce qu’il raconte dans Quand vient la nuit, sa première monographie, c’est que son propre appétit pour le monde nocturne, qui l’a transformé, est arrivé après une succession de deuils et de blessures.

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