À deux jours du bouclage, Éric Judor nous a finalement envoyé son édito. Enfin, il a essayé. Apparemment, son adresse mail ne fonctionne pas. Là-dessus, nous lui avons proposé de nous l’envoyer par WeTransfer. Sa réponse : « Je ne sais pas comment on fait. » Tout ça s’est terminé avec des photos de son écran d’ordinateur envoyées par Whatsapp. Quelle bonne idée, on s’est dit, de lui avoir proposé d’écrire sur le thème suivant : comment fait-on pour ne pas devenir ringard ?
Deux éléments prouvent qu’il avait des choses pertinentes à dire sur la question. D’abord la dissertation qu’il nous a rendue. Ensuite, le contenu de ce numéro de Sphères, en grande partie élaboré sur ses conseils. En tant que rédacteur en chef invité et fin connaisseur de l’humour contemporain, Éric Judor y fait la part belle à la jeune génération (Camille Lorente, Freddy Gladieux, Jenny Letellier), à différentes scènes internationales (rire dans l’Ukraine en guerre, les spécificités de l’humour anglais), et à des débats contemporains (la place de l’autodérision dans le stand-up). Pas mal, pour un « ringard ».
Éric Judor & Freddy Gladieux : voyage en absurdie
Pour aiguiller le dialogue entre Éric Judor (qu’on ne présente plus) et Freddy Gladieux (41 ans, scénariste, influenceur, humoriste) en intervenant le moins possible dans leur échange (qui était filmé), nous avons écrit nos questions sur des cartes. Chacun d’eux avait donc deux piles face à lui : l’une composée de questions sérieuses, l’autre de questions moins sérieuses. Merveilleux concept n’ayant hélas que peu cadré le foutoir de leur discussion dans le salon du Madame Sarfati, comedy club au centre de Paris ouvert par l’humoriste Fary et l’artiste JR. Heureusement, c’est un foutoir aussi fécond que rigolo.
À travers leurs blagues subtiles (« Ramzy a un petit zizi ») et leurs profondes réflexions (« L’IA, ça fait tout aujourd’hui ! ») percent des interrogations (réellement) pointues sur leur métier comme sur leur nature. Parmi elles : pourquoi les comiques sont-ils réticents à voir des œuvres tristes ? Les contraintes algorithmiques permettent-elles encore aux YouTubeurs de créer un contenu suffisamment original pour provoquer des barres de rire ? Doit-on modifier son humour selon la plateforme sur laquelle on le publie ? Et surtout, quel masque porterait Éric s’il participait à un jeu de rôle libertin grandeur nature ?
À la fin, il en restera plein
Le Café Oscar, adresse historique parmi les comedy clubs parisiens, accueille chaque jeudi des humoristes débutants dans le cadre d’auditions publiques gratuites. Avec un peu de chance, on peut y découvrir des pépites. Dans le public le temps d’une soirée, Sphères a aussi pu observer les galères ordinaires de l’humour amateur, où beaucoup de candidats tentent leur chance, pour peu d’élus.
Jenny Letellier : Rire & Chanson
Remarquée pour ses parodies et personnages caricaturaux nés sur feu sa chaîne YouTube « Le Monde à l’Envers », créée en 2011 avec son ancien binôme Valentin Jean, Jenny Letellier cherche aujourd’hui une voie qui ne serait pas qu’humoristique, quelque part entre le cinéma, les réseaux sociaux et la musique. Itinéraire d’une « comique d’Internet ».
Le sens de l'incruste
Quelle est la place de l’humour en photographie ? Dans la série Being There, orchestrée par Omar Victor Diop et Lee Shulman, le rire n’est pas gratuit : la drôlerie, qui émane du détournement de photographies amateur des années 1950 et 1960, révèle peu à peu le poids de l’Histoire.
De quoi est fait l'humour anglais ?
D’abord, existe-t-il vraiment une chose pareille ? Si oui, qu’est-ce donc exactement ? Il se compose, en tout cas pour partie, « de vies merdiques et d’esthétiques de terrain vague », d’après l’enquête de notre reporter.