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Alessandra Chiericato le

Barracudas

En 2016, la photographe américaine Caroline Tompkins retourne à la piscine de son enfance, à Cincinnati, où elle a pratiqué la natation en compétition pendant quatorze ans. Bien loin des rigueurs de l’entraînement, elle choisit de capturer, entre souvenirs personnels et regard documentaire, la joie vibrante d’un été de nage et de jeux.

C’est l’été à Cincinnati, un été qui ressemble à beaucoup d’autres. Dans l’État enclavé de l’Ohio, l’océan est un mirage pour beaucoup d’habitants, et la piscine reste un refuge incontournable pour échapper à la chaleur. Au « Beckett Ridge Barracudas », le club local, il y a des files d’attente mouillées pour accéder au toboggan, des enfants qui courent au bord du bassin, les coups de sifflet d’un maître-nageur, la frustration d’un bonnet de bain qui ne rentre pas, des planches en mousse abandonnées aux quatre coins de la piscine, des parents qui encouragent – très sérieusement – leur progéniture qui s’entraîne, des peaux qui brûlent sur les transats.

© Caroline Tompkins

Scènes banales d’un été banal. Mais pour la photographe Caroline Tompkins, ce décor a quelque chose d’à la fois profond et intime. Car c’est ici qu’elle a pratiqué la natation en compétition de ses quatre à ses dix-huit ans. Des années d’entraînement intensif et de trop nombreux sacrifices l’ont peu à peu conduite à s’éloigner de cette discipline. Pourtant, la piscine en plein air de « Cinny » est gravée dans sa mémoire. En 2016, tout juste diplômée, elle cherche à définir son style photographique, et la familiarité de l’endroit va lui permettre d’en jeter les bases.

La série que Caroline Tompkins a tirée de ce séjour, intitulée Barracudas, déploie une esthétique joyeuse, intime et intuitive, dont elle garde encore la trace aujourd’hui. Bien loin des rigueurs des séries et de l’esprit de compétition, elle  observe les usagers avec un regard qui mêle humour et tendresse. Travaillant principalement à l’argentique pour ses projets personnels, l’artiste estime que la photographie n’est qu’un prétexte, une autorisation pour être présente dans certaines situations et raconter une histoire. En l’occurrence, ce que la nage a d’enfantin, et ce qu’est, aussi, la piscine publique : un terrain de jeu. 

© Caroline Tompkins

Près de dix ans plus tard, Caroline Tompkins porte un regard teinté de nostalgie sur ce premier travail. « J’étais jeune, sans moyens ni repères : parfois, c’est dans une certaine naïveté que naissent les meilleures images, explique-t-elle. Aujourd’hui, je suis plus consciente de mon regard, de ce qui fonctionne. Mais cette lucidité peut être à double tranchant. » Désormais photographe de renom installée à New York, elle voit dans Barracudas « la spontanéité des débuts », et la légèreté d’une époque désormais passée. D’un banal été.

Alessandra Chiericato

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Collection Sphères
Les nageurs
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