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Ils nous sont si chers

Spa, balnéothérapie, toilettage premium, massages, accessoires de luxe, hôtels cinq étoiles… Les chiens occupent une place toujours plus grande dans la société, si bien que certains propriétaires dépensent pour eux des fortunes. Mais cette nouvelle économie du bien-être animal haut de gamme ne répond pas toujours aux besoins réels des toutous. Décryptage.

Chez Pet So Chic, salon de toilettage situé dans le 6e arrondissement de Paris, la coupe peut se mesurer au centimètre près. Sohyun Hwang, qui y est toiletteuse depuis plus d’un an, supervise ce jour de septembre le travail de ses collègues, gère le lieu et raconte volontiers quelques anecdotes. Parmi sa clientèle, qu’elle estime composée à « 30 % d’internationaux, 30 % de Parisiens et 40 % de gens de passage », certains ne lésinent pas sur les exigences. « On a eu une cliente vraiment maniaque : elle demandait un centimètre de coupe partout, raconte-t-elle en mimant le geste de mesure avec ses mains. Quand elle est venue récupérer son chien, elle avait son mètre avec elle et nous disait : ‘Ici c’est un centimètre trois, ici un centimètre deux, ici un centimètre douze.’ Heureusement on a réussi à lui faire ce qu’elle voulait, mais elle a mesuré trois fois », rigole Sohyun. À Pet So Chic, le tarif des prestations varie de 75 à 130 euros, selon la taille du chien.

L’exigence des clients et l’extravagance de certaines demandes témoignent d’une nouvelle forme de relation entre humains et animaux : celle d’un amour inconditionnel qui pousse les propriétaires à offrir à leurs toutous de nouveaux services, de nouveaux looks et un nouveau confort. D’après l’étude du groupe de presse régionale Rossel France (2025) sur le marché des animaux de compagnie, 67 % des possesseurs de chien le considèrent comme un membre à part entière du foyer, voire comme un enfant — un sentiment qui favorise l’émergence de nouveaux marchés canins axés sur le premium et le haut de gamme. Pour Chloé Pigal, fondatrice de la garderie pour chiens The Canine Residency, l’envie de partager sa vie avec un chien a explosé en France : « Avant, les gens avaient honte de dire ‘mon chien, c’est mon gosse’. Mais aujourd’hui, tu as des personnes seules ou en couple qui veulent d’abord un chien avant d’avoir un enfant. Pour ces gens-là, leur chien, c’est leur premier gosse », explique-t-elle, disant avoir observé ce changement avant même de créer sa pension canine. En effet, d’après une étude de l’Ipsos pour SantéVet (2026), un Français sur quatre dit se priver pour son animal. Autrement dit, sur les 2 000 personnes interrogées, 89 % des Français sont prêts à renoncer à une dépense personnelle en cas de difficulté financière pour subvenir aux besoins de leur animal. « Tout le monde s’est réveillé en même temps en se disant : ‘What the fuck ? Bien sûr que mon chien c’est mon gosse !’ Et si la société ne veut pas l’accepter, je n’en ai rien à foutre », appuie Chloé, qui a elle-même adopté une chienne qu’elle désigne fréquemment comme sa « fille ».

Le rapport Webedia coordonné par Hill’s pet nutrition (2026) confirme les dires de la fondatrice. Selon le document, un propriétaire sur cinq considère son animal de compagnie comme son propre enfant — avec une proportion encore plus élevée chez les femmes et les jeunes (18-34 ans). Mieux encore, l’étude montre que 20 % des interrogés considèrent leur animal comme un enfant ou un bébé contre 62 % comme un membre de la famille à part entière. De plus, 22 % d’entre eux offrent un soin à leur animal ou un cadeau qu’ils ne s’offriraient pas à eux-mêmes pour une question de coût. Avec ce changement naissent de nouvelles appellations : on remplace les termes « maître » ou « propriétaire » par « pet parent », « pet dad » ou « pet mom ». Une forme de relation que Patrick Pageat, docteur vétérinaire, décrit comme « totalement unilatérale » : « Si l’humain voit son chien comme son enfant, le chien ne voit pas l’humain avec lequel il vit comme un parent, au sens de géniteur. » Une affection que le marché sait exploiter, en jouant « des aspirations des humains à témoigner toujours plus d’amour à leurs chiens, analyse le vétérinaire. Moins nous prenons le temps d’interagir avec eux, plus nous cherchons à ‘expier’ ces manques en offrant les choses les plus folles. »

Qui sera le plus dog-friendly ?

Un des services qui illustrent le mieux ce nouveau marché canin est celui du soin. Des instituts de bien-être aux spas, beaucoup proposent désormais de la balnéothérapie, des massages, des enveloppements ou des cures contre l’alopécie. À Blyes, petite commune de l’Ain, Marina Goutenoir a lancé son activité de toiletteuse en 2023. Pour l’instant, elle reçoit les animaux chez elle, dans une ancienne chambre qu’elle va bientôt troquer contre un espace de 120 m2, où elle pourra développer son offre. L’idée étant de conserver la partie toilettage et balnéothérapie tout en développant un « espace café social club où les chiens seront les bienvenus », et où l’on pourra, entre autres, « manger des friandises humaines et canines », profiter « d’animations » et d’une « crèche canine à la journée ».

Cet article est à retrouver en entier dans Sphères N°26 : les chiens et nous

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