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Thomas Andrei le

Le Green Party vend du Rave

Longtemps une formation anecdotique sur l’échiquier politique britannique, le Green Party joue un rôle de plus en plus conséquent. Pourquoi ? En partie parce que depuis l’arrivée de son nouveau leader, Zack Polanski, le parti écologiste se pare d’une nouvelle aura, plus jeune, autour des notions de fête et de danse. Des Green Party parties sont même organisées dans les boîtes du pays, mêlant meetings politiques, sets électro et levées de fonds. Sphères s’est rendu à l’une d’elles, à Londres.

Au printemps, vu d’en haut et si le vent souffle, un champ de blé peut s’apparenter à une soyeuse mer de verdure. C’est ce genre d’images bucoliques qu’un écran géant diffuse en boucle, face au dancefloor en plein air de The Cause, un vaste club de l’est de Londres, quand un jeune homme en toge verte se saisit d’un micro. Nous avons un invité très spécial à vous annoncer, lance-t-il. Un certain leader du Green Party… S’il vous plaît, accueillez chaleureusement nul autre que Zack Polanski !

Bondit alors sur scène un quadra au large sourire. Il agrippe quelques mains tendues dans une foule qui hurle d’excitation, de joie, de plaisir, puis s’écrie : Who is ready to Make Hope Normal Again ?!” (Qui est prêt à Rendre l’Espoir Normal à Nouveau ?!” en anglais, un détournement du slogan trumpien Make America Great Again). Depuis son élection à la tête des Verts britanniques le 2 septembre 2025, tel est le slogan de Zack Polanski. Cet ancien comédien, juif, vegan et homosexuel est parvenu à transformer le mouvement écologiste en force politique rêvant de gouverner. Dans cet objectif, le leader parle beaucoup d’espoir, une notion qui, d’après lui, a laissé place ces dernières années à une forme de désespoir au pays de Joy Division. Polanski blâme notamment les privatisations et les cures d’austérite opérées par les gouvernements successifs.

© Ellie Ramsden

Mais si, d’un côté, il propose de taxer les super-riches”, de l’autre, il a aussi retouché l’image d’un parti jusqu’alors associé à l’encens, aux macramés, aux hippies vieillissants et au tofu. “Le nouveau Green Party ressemble à cet événement, déclare, en retrait de la foule Steve Jackson, qui a été au cœur de l’équipe de campagne ayant permis à Polanski de prendre la tête du mouvement. Beaucoup de nouvelles personnes, beaucoup de jeunes et de bonnes vibes [vibrations”, ndlr] !” Selon ce trentenaire en short, le parti ressemble donc à une teuf tenue entre de grands conteneurs rouillés, dominés par de colossales structures de béton au gris délavé, où l’on porte des masques de loup, où les strings dépassent des pantacourts, où l’on danse frénétiquement sur de la drum and bass, de l’UK Garage, des latin beats, des remix de Radiohead ou de Nirvana. Un événement qui alterne les sets de DJ et les discours politiques, et dont les profits sont reversés aux Verts dans leur intégralité.

L’audience lance un cri d’approbation : Polanski exprime son soutien aux réfugiés ou à la population LGBTQIA+. C’est ça, notre communauté, énonce-t-il. Faire communauté, c’est résister ! Danser, c’est résister ! Qui est prêt à danser ?” L’homme qui se rêve Premier ministre place alors son micro au niveau du cœur. L’assistance hurle. Des bouts de salive volent. Le maquillage coule des yeux d’une jeune femme blonde. Mais le leader en demande plus. Non, je suis pas convaincu… Qui est prêt à danser ?!” La foule rugit. Ok ! Let’s go !” Satisfait, Polanski se retire, laissant la fête se poursuivre sur un remix de The Rhythm of the Night.

© Ellie Ramsden

Succès électoraux et DJ homard

En voyant Zack Polanski marcher vers la scène, juste avant ce discours, un trentenaire en t-shirt de death metal, jusqu’alors immobile, s’était mis à danser. Deux jeunes filles avaient placé leurs mains sur leur bouche en signe d’extase. Un sexagénaire à moustache grise et petit chapeau de paille avait dégainé son smartphone. L’arrivée du leader a métamorphosé l’énergie du club. Dans les loges, debout près de sofas défoncés et de fenêtres sales offrant une vue sur un pont de béton, Polanski est l’objet de toutes les attentions. Certains font mine de ne pas le regarder, mais tournent régulièrement et nerveusement la tête vers lui, comme pour s’assurer de sa présence. Le sourire fatigué, le regard fixe, le politicien s’excuse : Je ne donne pas d’interview aujourd’hui, mais je veux bien faire des photos.

Dans le couloir vitré menant aux toilettes, le quadra explique tout de même sa présence par sa volonté de « faire de la politique différemment, autrement qu’à travers des meetings plus formels, en y injectant de la joie, de la danse et du lien social. » Son t-shirt blanc montre un drapeau britannique muni d’un slogan : God Save Immigration (“Dieu sauve l’immigration”). En prenant la pause, il reconnaît que la nuance de vert associée à l’image du parti a changé. C’est un vert plus néon, oui !” Un vert plus Charli XCX, celui du dernier album de la prêtresse mondiale de l’hyper-pop formée dans les raves illégales de Londres ? Exactement !

© Ellie Ramsden

Aux côtés du leader se tient fièrement Niall Moore, l’un des deux organisateurs de l’événement du jour. En milieu d’après-midi, ce petit homme barbu voulait bien expliquer comment l’idée de confectionner des teufs pour le Green Party lui était venue, mais pas avant de trouver une cigarette. Il se dirigeait alors vers deux frères aux cheveux frisés assis à une table en bois, fumant entre deux frites. Je suis membre du parti et co-fondateur de Green Space, l’organisme qui met en place ces évènements, se présentait-t-il après avoir demandé de quoi rouler une clope. Nous sommes indépendants du parti, mais on travaille étroitement avec eux. » Le plus jeune frère, en chemise brodée, réagissait alors poliment : Félicitations pour vos récentes victoires !

Et pour cause : depuis l’arrivée de Polanski au pouvoir, le nombre de membres du parti est passé de 68 000 à 230 000. Le 26 février, Hannah Spencer, une plombière de 34 ans, devenait la première députée verte élue dans le nord de l’Angleterre, dans une circonscription qui était historiquement un bastion du Labour, le Parti travailliste. Le jour du vote, cette habituée du festival de Glastonbury dansait devant son QG de campagne sur un remix de l’un de ses discours. En mars, le parti faisait jeu égal avec les travaillistes et les conservateurs dans les sondages. Le 7 mai, les Verts opéraient une percée historique lors des élections locales, remportant notamment les mairies des quartiers londoniens de Lewisham et d’Hackney où la nouvelle mairesse, Zoë Garbett, une quadra aux cheveux roses, avait organisé des soirées électorales au Dalston superstore, une célèbre salle de concert LGBT. Parce que c’est là que se trouvent les potentiels électeurs du Green Party ? Non, plutôt parce que les gens qui s’intéressent à la politique sans être impliqués dans un parti sortent dans ce genre de lieux, nuance Steve Jackson. Avant de m’impliquer moi-même, j’étais plongé dans la culture rave. J’ai eu tant de discussions politiques dans ces lieux-là… Ce sont des espaces anti-establishment, où l’on se rend pour trouver du lien social, de la compassion, des ambiances anti-conformistes. Ces notions attirent aussi beaucoup de monde au sein du Green Party. Alors cette confluence est logique.

[Cet article est à retrouver en intégralité dans Sphères N°25 : la fête.]

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